Accueil Articles Histoire d'en rire : les tribulations d'un apprenti saddhu
Histoire d'en rire : les tribulations d'un apprenti saddhu PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Xavier   
Vendredi, 27 Janvier 2012 00:00

SaddhuDans un moment de lassitude, vous avez sans doute comme tout le monde eu envie de changer de vie, fuir cette société de consommation avec son "toujours plus", plus vite, plus d'argent, plus de stress, plus d'embêtements. C'est ce qui m'est arrivé lors de ces interminables journées d'hiver sans soleil. Certains choisissent le retour à la terre. ERREUR ! Rien de plus stressant, entre la sécheresse, les intempéries, les parasites, le mal de dos, ... aussi j'ai décidé de devenir saddhu en France, pas trop de concurrence à ce qui me semble.

Euh, pas tout de suite, le temps d'avoir une vraie tignasse et une barbe digne de ce nom, et surtout l'arrivée des beaux jours. Je me vois mal me balader à moitié nu en plein hiver, faut pas exagérer. Ce qui est bien avec saddhu, pas besoin d'un énorme investissement, une couverture safran pour faire authentique, un pagne (j'ai encore ma pudeur), une gamelle pour la nourriture, une besace pour mes maigres biens, un air indéfinissable et pour le reste j'aurais tout le temps d'y réfléchir. Dernièrement j'ai vu un reportage dans lequel un saddhu était capable de faire un noeud avec son sexe. Je me contenterai de mon air indéfinissable, il faut bien débuter.

 

C'était l'été, me voilà prêt, le moment du grand saut. Je m'installais dans un quartier animé d'une ville que je ne nommerai pas pour pas qu'on me reconnaisse. Habillé d'un pagne et emmitouflé dans ma couverture safran car il faisait frais ce matin, je m'asseyais en tailleur au pied d'un muret. Puis, j'observais les passants qui m'observaient, étonnés, et continuaient leur chemin. Cette première matinée fut interminable. Un chien qui aurait aimé lever la patte sur moi, troubla la monotonie. A midi, comme mon écuelle restait vide, je décidais d'entamer ma réserve de nourriture que j'avais dans ma besace, sage précaution. L'eau me fut fournie par une fontaine toute proche. L'après-midi je décidais de méditer, en fait je tombais dans une somnolence pour ne pas dire dans un sommeil profond. Je fus réveillé par un chaud soleil qui me mit en sueur, j'ôtais donc ma couverture et me retrouvais vêtu de mon simple pagne. C'est là que tout se gâta, la maréchaussée ne fut pas longue à rappliquer.

 

Je fus amené dare-dare au poste de police où un commissaire m'interrogea sur ma tenue. Il était de l'ancienne époque non obnubilé par les résultats, il comprit ma vocation. Et pour m'encourager, il me conseilla de porter quelques vêtements en me disant que "l'habit ne fait pas le saddhu". Il alla jusqu'à m'offrir des vêtements oubliés là par quelques prévenus distraits. Comme il était tard, j'étais à deux doigts de lui demander l'hospitalité, mais je compris à son air surmené qu'il ne fallait pas pousser le bouchon trop loin. Je me retrouvais donc la rue sans savoir où dormir. Exceptionnellement, je décidais de prendre une chambre dans un petit hôtel non loin de là. Ainsi s'achèva ma premier journée de saddhu.

 

Début d'une nouvelle journée, cette fois-ci habillé mais toujours emmitouflé dans ma couverture safran pour faire vrai. Pour couper la monotonie, je décidais de compter les saddhus qui passaient. A 9h zéro saddhu, à 10h je regrettais de n'avoir pas préféré le retour à la terre et toujours aucun saddhu, 11h zéro saddhu. A 11h30, un quidam qui passait par là s'enquit de mon état. Comme je lui fis part de ma vocation de saddhu, il voulut en savoir plus.

- A quoi, je lui répondis en deux mots (un peu plus) qu'un saddhu se devait se détacher des biens matériels pour se concentrer sur la réflexion, certains faisant même voeux de silence.

- Il me dit qu'il connaissait bien cette vocation, mais qu'en France on les appelait "sénateurs".

- Amusé, je lui répliquais, à la rigueur pour la réflexion je voulais bien admettre, pour le voeux de silence, pourquoi pas, combien de vous ont entendu le son de la voix de votre sénateur ? Mais pour le détachement des biens matériels, alors NON !

- ERREUR, les sénateurs ont dépassé le stade biens matériels, ils n'ont plus aucun désir comme il ont déjà tout. Ils peuvent donc se concentrer sur la méditation en restant assis des heures sans bouger sur les bancs du sénat.

Sur ce, il partit en me laissant baba. Tout perturbé, j'oubliais de compter les saddhus qui passaient, ce qui n'eut aucune incidence sur le décompte comme il n'en passait aucun.

Après réflexion, vu cette concurrence déloyale, je décidais de mettre fin à ma courte vocation de saddhu pour mieux rebondir. Pourquoi pas devenir prophète, cela fait longtemps qu'on n'a pas créé une nouvelle religion. Mais cela est une autre histoire.

Voir aussi : Une journée de travers

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