Histoire vraie du Maharaja d'Alwar Imprimer
Vendredi, 10 Février 2012 18:40

MaharajaAlwar_107x115Voici un extrait du livre de Dominique Lapierre et Larry Collins "Cette nuit la liberté" que j'aurai l'occasion de vous présenter. C'est l'histoire du maharaja d'Alwar qui régna dans les années 1930 sur un petit état de huit cent mille habitants en bordure du Rajasthan. L'Inde est alors sous domination britannique, certains états sont gérés directement par le vice-roi, d'autres par des maharajas. Cet extrait en dit long sur les rapports entre les maharajas et les Britanniques.


Le maharaja d’Alwar était un homme si plein de charme et de culture qu’il avait réussi à envoûter plusieurs vice-rois au point de poursuivre ses activités en toute impunité. Parce qu'il se croyait une réincarnation du dieu Râma, il portait constamment des gants de soie noire afin de préserver ses divines mains de la souillure de toute chair mortelle, allant jusqu’à refuser de se déganter pour serrer la main du roi d’Angleterre. Voulant se faire exécuter le même turban que celui du dieu Râma, il avait engagé tout un aréopage de théologiens hindous à seule fin d’en faire calculer les dimensions exactes.


Entre ses pouvoirs temporels de prince et la puissance divine qu’il s’attribuait, le maharaja d'Alwar n’était pas homme à limiter ses appétits. Un des meilleurs fusils de l’Inde, il adorait traquer les fauves en les appâtant avec des enfants. Il en faisait enlever au hasard dans les villages, promettait aux parents terrorisés d’abattre la bête avant qu'elle n'ait eu le temps de dévorer leur enfant.


Homosexuel aux goûts particulièrement pervers, il avait fait de sa couche royale la seule académie

militaire où les jeunes officiers de son armée pouvaient espérer gagner des galons. Les orgies auxquelles il les obligeait à prendre part se concluaient parfois par des meurtres sadiques.


Si la multiplication et la régularité de ses abus avaient laissé indifférente la puissance suzeraine, les

deux crimes que le maharaja d’Alwar eut le malheur de commettre sous le règne du vice-roi Lord

Willingdon devaient causer sa perte. Invité à déjeuner au palais du vice-roi, le prince fut placé à

droite de Lady Willingdon qui admira avec effusion l’énorme diamant qu’il portait à l’un de ses

doigts gantés. L’enthousiasme de la vice-reine n'était peut-être pas tout à fait désintéressé. La tradition voulait en effet que les princes offrissent au vice-roi ou à la vice-reine tout objet ayant

suscité leur admiration. Son hôte le lui ayant courtoisement proposé, la vice-reine passa la bague à

son doigt, la contempla avec plus d’émerveillement encore, et la rendit à son propriétaire.

Le prince se fit alors discrètement apporter un rince-doigts. Au grand étonnement de tout les

convives, la réincarnation de Râma entreprit de purifier soigneusement le bijou de toute souillure

qu’aurait pu y laisser la vice-reine. Ce rite accompli, il remit la bague à son doigt.


Le second crime, plus impardonnable encore aux yeux des Britanniques, se déroula sur un terrain de polo. Rendu furieux par la pitoyable performance de l’un de ses poneys au cours d’un match, le souverain fît asperger d’essence le pauvre cheval avant de gratter lui-même l'allumette qui le transforma en torche vivante. Cette démonstration publique de sa cruauté envers un animal pesa plus lourd que tous les raffinements sadiques et parfois mortels qu’il avait infligés à nombre de ses partenaires d’orgies. Le maharaja d’Alwar fut déposé et banni. Il partit finir ses jours dans l’exil doré de son château de la Côte d'Azur.

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