Le tigre blanc d'Aravind Adiga Imprimer
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Écrit par Xavier   
Mardi, 28 Juin 2011 16:13

LeTigreBlanc_76x125Présentation de l'éditeur : Le tigre blanc, c'est Balram Halwai, ainsi surnommé par l'un de ses professeurs impressionné par son intelligence aussi rare que ce félin exceptionnel. Contraint d'interrompre ses études pour travailler dans le tea-shop du village, Balram rêve surtout de quitter à jamais les rives noirâtres du Gange. La chance lui sourit enfin à Delhi où il est embauché comme chauffeur. Tout en conduisant ses maîtres au volant de sa Honda City, il est ébloui par la brillante façade de la " Shining India " et prêt à tout pour quitter à jamais les " Ténèbres " de son Bihar natal. Roman obsédant écrit au scalpel, Le Tigre blanc est la confession d'un ventre creux qui a réussi l'impensable. Mais à quel prix ?

 

 

Mon avis : Un livre qu'on dévore, je vous propose un extrait du livre qui j'espère vous donnera envie de le lire livre. Balwram Halwai s'adresse au premier ministre Chinois Mr Jiabao.

 

"À votre arrivée ici, on vous expliquera que les Indiens avaient tout inventé, d'Internet aux vaisseaux spatiaux en passant par l'oeuf dur, avant que les Bri­tanniques nous dépossèdent de tout.

Foutaises ! La plus grande invention de ce pays au cours des dix siècles de son histoire est la Cage à poules.

Faites-vous conduire à Old Delhi, derrière la Jama Masjid, et observez comment est confinée la volaille. Des centaines de poules blanchâtres et de coqs bario­lés, parqués dans des cages en treillis, aussi entassés que des vers dans un intestin, se béquettent, se chient dessus et se bousculent pour avoir un peu d'air. Une puanteur horrible se dégage du poulailler : l'odeur de la volaille terrifiée. Sur le comptoir de bois, au-dessus de la cage, un jeune boucher souriant exhibe la chair et les entrailles d'un poulet tout juste évidé et maculé de sang sombre. Dessous, ses congénères sentent l'odeur du sang. Ils voient les boyaux de leur frère. Ils savent que leur tour approche. Pourtant, ils ne se rebel­lent pas. Ils ne cherchent pas à fuir la cage.

...

Chaque jour, dans les rues de Delhi, un chauffeur quelconque conduit une voiture vide avec une grosse valise noire sur la banquette arrière. À l'intérieur de la valise, il y a un ou deux millions de roupies ; beaucoup plus que le chauffeur ne gagnera jamais dans toute sa vie. S'il prenait cet argent, il pourrait aller en Amé­rique, en Australie, n'importe où, et commencer une nouvelle vie. Il pourrait louer une chambre dans un hôtel cinq-étoiles dont il a toujours rêvé et qu'il n'a vu que de l'extérieur. Il pourrait emmener sa famille à Goa, ou en Angleterre. Pourtant il transporte cette valise à l'adresse indiquée par son maître. Il la dépose là où on lui a dit de la déposer, sans avoir pris une seule roupie. Pourquoi ?

Parce que, comme l'affirme la brochure du Premier ministre, les Indiens sont les êtres les plus honnêtes du monde ?

Non. Parce que 99,9 % des Indiens sont emprisonnés dans la Cage à poules, comme leurs malheureux camarades à plumes du marché aux volailles.

...

La grande Cage à poules indienne. Avez-vous l'équivalent en Chine ? J'en doute, monsieur Jiabao. Sinon, vous n'auriez pas besoin du parti communiste pour éliminer les individus, ni d'une police secrète pour opérer des rafles nocturnes dans les maisons et mettre leurs habitants en prison; c'est du moins ce qu'on raconte. Ici, en Inde, nous n'avons pas de dic­tature. Ni de police secrète.

...

C'est le moment où un homme de votre intelligence, monsieur le Premier ministre, doit se poser deux ques­tions.

Un : pourquoi la Cage à poules fonctionne-t-elle ? Comment parvient-elle à enfermer aussi efficacement des millions d'hommes et de femmes?

Deux: un homme peut-il s'évader de la cage? Sup­posons par exemple qu'un chauffeur dérobe l'argent de son employeur et s'enfuie ? Quelle serait sa vie ?

Je vais répondre pour vous, monsieur.

La famille, voilà la raison de notre enfermement dans la cage. La famille indienne, fierté et gloire de notre nation, dépositaire de tout notre amour et de tout notre sacrifice, et sujet d'un paragraphe sans doute considérable dans la brochure de notre Premier ministre.

La réponse à la seconde question est que seul un homme prêt à voir sa famille détruite - pourchassée, battue et brûlée vive par ses maîtres - peut s'évader de la cage. Pour cela, il ne faut pas être une personne normale, mais un monstre, un dénaturé."

 

Ce passage m'a laissé songeur, Les Indiens ont le systèmes de castes, les Chinois ont le parti communiste, mais nous Français qu'avons nous pour expliquer que les millions de chomeurs, de travailleurs précaires, de petits retraités,...  ne se révoltent pas plus. Eh bien, j'ai trouvé parce que nous avons la cocotte-minute. Quand ça bout à l'intérieur, il suffit aux dirigeants de laisser échapper un peu de vapeur et le tour est joué. L'art est de laisser échapper que la vapeur nécessaire. Bien sûr les chômeurs produisent peu de vapeur contrairement aux grandes corporations pilotées par les syndicats et ayant un pouvoir de nuissance. De temps en temps, il faudra ouvrir plus grand la soupape en congédiant un ministre par exemple. Il ne faut pas s'inquétier pour lui, en fontion de sa compétence ou de son incompétence, il y aura toujours un "machin" (mission fictive, sénat, conseil économique et social,...) pour l'accueillir.  Au lieu de cocotte-minute, certains utilisent aussi le terme de démocratie.


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