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Les ombres de Kittur d'Aravind Adiga PDF Imprimer Envoyer
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Écrit par Xavier   
Vendredi, 19 Octobre 2012 20:44

LesOmbresdeKittur_76x125Présentation de l'éditeur : Kittur, ville imaginaire de l'Inde du Sud située sur la côte du Karnataka, dont l'auteur du Tigre blanc fait le théâtre de ce recueil. On y croise un lycéen poseur de bombe, un brahmane communiste ou encore un livreur 'insatisfait de sa condition... Autant de destinées humaines qui modèlent le patchwork envoûtant d'un pays aux mille visages, victime de ses carcans et terre de révolte.


Le début du livre :

"Aucun des commerçants des environs de la gare ferroviaire n’aurait embauché un musulman, mais

Ramanna Shetty, patron de l’Ideal Store, petit teashop où l’on servait du thé et des samosas, avait

accepté d’engager Ziauddin en échange de sa promesse de travailler dur et de ne pas faire d’entourloupes.

Le petit garçon couvert de poussière avait lâché son sac et placé une main sur son cœur.

« Je suis musulman, monsieur. Nous autres, musulmans, nous ne faisons pas d’entourloupes. >>

Petit et noir de peau, Ziauddin avait des joues rondes et poupines, et un sourire de lutin qui dévoilait

de grandes dents blanches de lapin. Il faisait bouillir le thé dans une énorme bouilloire en Inox constellée de trous et observait avec une concentration farouche l’eau qui frémissait, débordait, et grésillait sur la flamme du réchaud à gaz. Régulièrement, il plongeait la main dans une des boîtes en Inox cabossé posées près de lui pour jeter dans l’infusion une pincée de poudre de thé noir, une poignée de sucre blanc, ou un morceau de gingembre écrasé. Il pinçait les lèvres, retenait son souffle, et, avec la main gauche, il inclinait la bouilloire au-dessus d’une passoire: le thé chaud gouttait par ses pores obstrués dans de petits verres fuselés, placés dans les fentes d’une boîte en carton originellement destinée à contenir des œufs.

Il portait les verres aux tables et ravissait les hommes frustes qui fréquentaient l’Ideal Store en interrompant leurs conversations par de bruyants : « Et un ! >> « Et deux ! >> « Et trois 1 >> quand il posait un verre devant chacun d’eux. Les clients le voyaient ensuite s’accroupir dans un coin pour plonger la vaisselle dans une grande auge remplie d’eau trouble et croupie, envelopper les samosas graisseux destinés à la livraison à domicile dans des feuilles arrachées aux manuels de trigonométrie du collège, retirer les feuilles de thé de la passoire, ou encore, avec un tournevis rouillé, renfoncer un clou dans le dossier d’une chaise. Si quelqu’un prononçait un mot en anglais, il interrompait aussitôt son travail et se retournait en répétant le mot à tue-tête. Sunday ! Monday ! Good bye ! Sexy ! Et toute l’assistance s’esclaffait."

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