Dans la peau d'un intouchable de Marc Boulet Imprimer
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Écrit par Xavier   
Mercredi, 04 Décembre 2013 21:12

DansLaPeaudunIntouchablePrésentation de l'éditeur : Extraordinaire expérience que celle entreprise par le journaliste indépendant Marc Boulet : devenir invisible. Comment faire ? En devenant pauvre en Inde, en se transformant en intouchable à l'instar des cent trente millions de personnes appartenant à cette caste considérée comme impure. Selon la tradition, explique l'auteur, les intouchables n'ont pas été engendrés par le Créateur et sont par conséquent considérés comme inférieurs.

Depuis 1947, la Constitution indienne a aboli la discrimination en supprimant la caste des intouchables, mais dans les faits, ils demeurent toujours le rebut de la société. Marc Boulet a tenu à connaître leurs conditions de vie et partager leur quotidien pour comprendre et témoigner de ce que peut être la misère physique et la souffrance morale. Son récit raconte "combien il est pénible d'être sale, de s'abaisser à mendier, de devenir un objet de mépris pour les autres". Pour ce faire, il a appris les dialectes hindous, s'est grimé de façon saisissante, s'est inventé l'identité d'un intouchable sous le nom de Ràm Mundà, puis s'est lancé dans les dédales de Bénarès et ses ténèbres pendant plusieurs mois. Ni philanthropique, ni intéressé ou sensationnel, l'étonnant récit de Marc Boulet témoigne d'une aventure humaine hors du commun. --Denis Gombert

 

Un extrait du livre :

"Cinquième jour le long de la rampe. Mendier à Dashâshvamedh n’est pas humiliant. Mais. ..

Mais la compétition est rude entre les mendiants et l'atmosphère exécrable. Au début, je pensais que j’étais arrivé à un mauvais moment. Mais non. Chaque jour, ils se bouffent le nez pour des histoires d’emplacements. Comme si un mendiant de plus ou de moins bouleversait leurs gains.

Les vieux à côté de moi n’arrêtent pas de me répéter que je ne dois pas mendier, que je devrais travailler.

Aujourd’hui encore, la vieille chic me serine :

- T’es jeune, pourquoi tu tires pas un pousse ? Laisse-nous la place. A nous les vieux.

- J ’ai pas envie de tirer un pousse. C’est fatigant.

- T’es feignant. Va travailler au lieu de mendier.

Ici, ce n’est pas le public qui me fait la morale, mais mes collègues. C’est le comble. Ça ne les regarde pas si je suis feignant. Et si les dévots me donnent quand même, ce n’est pas leur affaire.

Mais si. Ça les intéresse car la pièce et le riz que je reçois ne seront pas partagés entre eux. Je leur enlève le pain de la bouche.

Je les trouve écœurants. Nous sommes si misérables, si pauvres, et au lieu de se serrer les coudes comme des frères, nous souhaitons au voisin de crever pour nous laisser sa part. Nous vivons de la charité mais nous sommes incapables d’aider, d’aimer notre prochain. J ’ai toujours cru que la misère rapprochait les hommes. J’ignore où j’avais été chercher ce cliché. La vraie misère rend les hommes comme des bêtes. Elle développe l’instinct de survie. La fraternité, la pitié deviennent un luxe désuet."

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